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Les bases indispensables pour l’oralité et la parole

« Oh, ça y est, mon bébé fait des « areuh, areuh » !! », « Elle va dire Papa en premier, tu verras ! », « Quand il se réveille, on dirait qu’il chante une mélodie dans son lit !»…

Toutes ces étapes, observées par les parents et les professionnels des crèches, paraissent si normales quand le début du langage se développe en effet sans heurt. Et puis pour certains enfants, des questionnements inquiets arrivent : « Il ne fait pas de sons, ne tourne pas la tête vers moi quand je parle. », « Il a 18 mois et ne dit presque rien », « On ne comprend pas cette petite fille de 2 ans et demi pourtant elle
essaie de s’exprimer souvent », « Celui-ci crie et mord au lieu de communiquer ! ».

Rudolf Steiner® a mis en avant, dans l’une de ses nombreuses conférences, le lien étroit entre Marcher, Parler et Penser. L’évolution du système nerveux chez l’homme au cours de millénaires s’est faite en premier lieu pour la motricité, globale puis manuelle, le langage parlé est arrivé bien plus tard. Il s’agit en effet d’une mécanique beaucoup plus précise, liée en grande partie aux fonctions orales de base : la
respiration, la succion, la mastication et la déglutition. Les mouvements articulatoires de la parole découlent de la bonne mise en place de ces mouvements fonctionnels.

On note d’abord le développement des fonctions orales, faciales, buccales : le bébé sait téter déjà dans l’utérus (il suce parfois son pouce), et tête dès la naissance. Cette succion du bébé au sein permet un excellent développement du système nerveux en stimulant plusieurs nerfs « crâniens », en plus, bien sûr, du lien affectif très proche avec la maman. Dans les premiers mois, le bébé pleure, crie, et peut faire des voyelles (mouvement non articulé).
Le mouvement de mastication arrive un peu plus tard, souvent avec les premières dents. Arrivent seulement ensuite les premiers mouvements articulés de la parole (avec les positionnements de la langue, des lèvres, du voile du palais).
En parallèle se développe l’oralité alimentaire, l’enfant découvre les différents goûts et textures alimentaires. Dans ce développement oral, la néophobie alimentaire (peur ou refus de goûter des nouveaux aliments) est une étape normale entre 18 mois et 3 ans environ. Par contre, si cette néophobie persiste après cette période, cela devient
pathologique. On parle alors de trouble de l’oralité : les sensations perçues par l’enfant sont des sensations négatives, pénibles, irritatives : non seulement l’enfant refuse de goûter des aliments, présente un réflexe nauséeux très prononcé, mais il présente souvent également des difficultés avec les odeurs, le fait de toucher des textures avec les mains, d’être touché.

On constate donc que ce développement de l’oralité et de la parole dépend, d’une part, du fonctionnement de base du système nerveux (sensori-motricité globale et fine), d’autre part, du développement psycho-affectif du tout-petit. Tout est lié.
En cabinet d’orthophonie, on reçoit régulièrement des enfants de 4/5 ans qui présentent des troubles de l’oralité et/ou de la parole. Il est alors essentiel de repasser par toutes les étapes sensori-motrices du tout-petit, pour rétablir des connexions neurologiques. On se sert d’une grande qualité du cerveau, la neuro- plasticité. La médiation psychocorporelle est également indispensable (toucher, comptines autour du corps, faire sentir, permettre à l’enfant de découvrir dans un
climat de sécurité, ne pas forcer).
Quand ces connexions se sont déjà faites par toutes ces phases chez le tout petit enfant, et que le climat de sécurité affective, les bonnes expériences de base du développement psychique ont été vécues, l’enfant a toutes les chances de développer une oralité et une parole « normales ».

Cécile Kostadinovski

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